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	<title>Archives des écrivain de la mémoire - L&#039;heure de la prose</title>
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	<description>Prendre le temps d&#039;écrire la vie</description>
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		<title>La dernière séance</title>
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		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Nov 2025 06:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>W, X, Y&#8230; C&#8217;est pas les petites lettres compliquées qui vont effrayer les grands biographes simplets. Dernier opus de mon abécédaire sur la mémoire. Avec des saveurs oubliées, des réflexions oubliables et des auteurs à ne pas oublier. U&#8230; Umami Je n’ai jamais su définir la saveur umami dont on parle tant dans la cuisine [&#8230;]</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">W, X, Y... C'est pas les petites lettres compliquées qui vont effrayer les grands biographes simplets. Dernier opus de mon abécédaire sur la mémoire. Avec des saveurs oubliées, des réflexions oubliables et des auteurs à ne pas oublier.</h2>				</div>
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									<h2>U&#8230; Umami</h2><p><!--StartFragment --></p><!--StartFragment --><p><span class="cf0">Je n’ai jamais su définir la saveur umami dont on parle tant dans la cuisine contemporaine. En réalité, personne n’en est capable.</span></p><p><span class="cf1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f363.png" alt="🍣" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></span><span class="cf0"> Une biographie sucrée, on voit ce que c’est&#8230; mais l’indigestion nous guette quand on abuse des madeleines.<br /></span><span class="cf0">Le sel de la vie est indispensable. L’acidité discutable. <br /></span><span class="cf0">L’amertume joue son rôle dans le récit. Point trop n’en faut.</span></p><p><span class="cf0">Et l’umami dans tout ça ?<br /></span><span class="cf0">L’umami est peut-être cette saveur qu’on cherche ; cette saveur qu’on ne sait pas définir mais qui rend une expérience de vie unique et singulière. Un témoignage ne se contente pas d’accumuler des souvenirs sucrés et des souvenirs amers. Derrière les mots, il cherche à raconter l’indicible.</span></p><!--EndFragment --><p><!--EndFragment --></p>								</div>
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									<h2>V&#8230; Vérité</h2><p class="pf0"><!--StartFragment --></p><p class="pf0"><span class="cf0">J’ai été choqué d’entendre il y a quelques mois que biographe n’était pas un métier de vérité. Des collègues et moi échangions lors d’un papotage de <a href="https://biographicus.fr/">Biographicus</a>. Et si mes souvenirs sont bons, seul le silence a répondu à ce constat implacable.</span></p><p class="pf0"><span class="cf1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f910.png" alt="🤐" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></span><span class="cf0"> Par la suite, quelqu’un a rappelé à raison que nous écrivions la vérité du narrateur. Toutefois, même ça, c’est vrai jusqu’à un certain point. On est là pour l’aider à écrire, pas pour enquêter sur le bien-fondé de tout ce qu’il raconte.</span></p><p class="pf0"><!--EndFragment --></p><p><!--EndFragment --></p>								</div>
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									<p class="pf0"><span class="cf0">J’ai été davantage choqué encore quand je me suis rendu compte que cette phrase, « biographe n’est pas un métier de vérité », c’est moi qui l’avais prononcée. Et en réalité, je crois que c’est exactement pour ça que j’ai choisi ce métier.</span></p><p class="pf0"><span class="cf1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f442.png" alt="👂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></span><span class="cf0">L’esprit critique du journaliste environnement (mon activité d’avant), je n’en pouvais plus. C&rsquo;est un sujet sur lequel il y a trop d&rsquo;approximations donc si on veut travailler sérieusement, on n’a d’autre choix que de sans cesse dénoncer, nuancer, préciser, actualiser, penser contre les autres et plus encore contre soi-même. Envahissant le truc. Ça m’a laminé.</span></p><p class="pf0"><span class="cf0">Biographe n’est pas un métier de vérité parce que ce n’est pas un métier de jugement. L’approximation ou le fait de relayer de temps en temps quelque chose de faux, est le prix à payer. Quand j’ai recueilli des témoignages sur la maison de mes grands-parents par exemple, j’ai constaté que les affirmations des uns et des autres se contredisaient parfois. Mais c’est comme ça la mémoire. On essaie dans la mesure du possible de démêler les fils et de s’approcher de la vérité, mais ce qu’on cherche d&rsquo;abord, c’est la sincérité. </span></p><p class="pf0"><span class="cf0">Le mot auquel vous avez échappé : vulgarité. Pour ça, vous avez <a href="https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/11/18/inegalites-la-siderante-envolee-des-revenus-des-ultrariches_6653900_823448.html">ce très bon article.</a></span></p><p><!--EndFragment --></p>								</div>
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									<h2>W&#8230; Wiesel</h2><p class="pf0"><!--StartFragment --></p><p class="pf0"><!--StartFragment --></p><p class="pf0"><span class="cf0">Certains livres de collège traînent sur une étagère jusqu’à ce qu’on se décide enfin à les (re)lire. Il y a une petite dizaine d’années, ma main s’est posée sur « La Nuit » d’Élie Wiesel. Quelle claque !</span></p><p class="pf0"><span class="cf1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f311.png" alt="🌑" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></span><span class="cf0"> Je crois que ce récit autobiographique avait déjà touché le jeune bambin que j’étais au collège (ouais ça va, je peux écrire que les collégiens sont des bambins, y a peu de chance qu’il y en ait qui passent par ici). Quand on a une mémoire de poisson rouge comme la mienne, l’avantage, c’est qu’on peut être touché plusieurs fois.</span></p><p class="pf0"><!--EndFragment --></p><p class="pf0"><!--EndFragment --></p><p><!--EndFragment --></p>								</div>
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									<p class="pf0"><span class="cf0">Ce livre a beau raconter la Shoah, jamais Wiesel ne s’apitoie. J’ai écrit dans mon carnet et c’est le souvenir que j’en ai conservé : « on lit ça comme un roman d’aventure ». On est comme ce petit enfant pris dans un engrenage sans fin et qui, plutôt que d’avoir de grandes réflexions sur l’innommable horreur et l’inanité de la vie, se demande seulement comment terminer la journée.</span></p><p class="western"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f4d4.png" alt="📔" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Son approche (et le fait de savoir qu’il va s’en sortir) nous permet de lire les choses avec légèreté. J’espère ne choquer personne avec ce mot. Je l’écris sans honte. Cette légèreté ne nous empêche pas de comprendre ce qu’il vit, d’être empathiques, d’être marqués pour la vie par ce récit pourtant si bref.</p><p class="western">Comment a-t-il fait ? Quand on écrit sur soi, c’est si dur de ne pas ajouter des louches et des louches de pathos !</p><p class="western">Si je glisse cette réflexion dans mon abécédaire de la mémoire, c&rsquo;est que l&rsquo;un des rôles du biographe est justement de comprendre l’essence du récit de son narrateur, le ramener à l’os et trouver cette légèreté plus efficace que le pathos quand on veut transmettre son ressenti. C&rsquo;est possible, je l&rsquo;ai déjà écrit grâce à la distance.<br />Mais quand on s’appelle Élie Wiesel, on a besoin de personne.</p><p class="western">Je termine sur cet extrait que j’ai noté :<br /><em>« L’opinion générale était que nous allions rester dans le ghetto jusqu’à la fin de la guerre. Puis que tout redeviendrait comme avant. Ce n’est ni l’Allemand, ni le Juif qui régnaient sur le ghetto : c’était l’illusion ».</em></p><p class="western">PS : je pensais être sec sur « W » et j’aurais adoré écrire un autre article sur le personnage de Hirayama dans le « Perfect days » de Wim Wenders. Une autre fois !</p><p> </p><h2>X&#8230; X</h2><p><!--StartFragment --></p><p><!--StartFragment --></p><!--StartFragment --><p class="pf0"><span class="cf0">Puisque les mots qui commencent par X ne sont pas légion, évitons le refus d’obstacle et parlons de la chose : le luxurieux, le olé-olé, le fripon.<br /></span><span class="cf0">Je ne doute pas qu’il existe des biographies coquines dans la littérature érotique. Mais les écrits plus conventionnels semblent ne s’attacher qu’à ce qui se passe au-dessus de la ceinture. Quand on y réfléchit, c’est très étonnant. On sait bien que la recherche animale et primitive de plaisirs décide de bon nombre des comportements humains. Et sous réserve que la volonté et la dignité de chacun soient respectées, il n’y a du reste rien de honteux à cela.</span></p><p class="pf0"><span class="cf1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f633.png" alt="😳" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></span><span class="cf0"> Bien sûr, on ne dit pas tout dans une biographie. Mais pourquoi met-on d&#8217;emblée cette barrière dans un texte qui ne fait rien d’autre qu’explorer l’intime d’une personne ? Ou dit autrement (je fais attention aux termes que j’utilise), qu’un narrateur choisisse de faire l’impasse sur le sujet, c’est tout à fait légitime ; mais un biographe doit-il l’y pousser en posant des questions sur tout, sauf sur ce sujet qui, génération après génération, demeure confiné dans la famille des sujets honteux ? Sans doute pas.</span></p><p class="pf0"><span class="cf0">Si d’autres biographes passent par là, je serais curieux de savoir comment ils s’en sortent.</span></p><!--EndFragment --><p> </p><p><!--EndFragment --></p><p><!--EndFragment --></p>								</div>
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									<h2>Y&#8230; Yeah !</h2><p class="pf0"><!--StartFragment --></p><p class="pf0"><!--StartFragment --></p><!--StartFragment --><p class="pf0"><span class="cf0">Je n’ai pas écrit ma biographie. Ni publié quoi que ce soit d’ailleurs. Pour autant, j’imagine ce plaisir : recevoir un colis par la Poste, le contempler quelques minutes avant de le déchiqueter, ouvrir et sentir les livres qui sont à l’intérieur, les feuilleter, les laisser traîner sur une table basse pour les avoir à l’</span><span class="cf1">œ</span><span class="cf0">il ou les ranger dans sa bibliothèque. Ça doit être quelque chose quand même. Comme quand tu retires un gâteau du four, tout fini tout beau&#8230; mais disons en plus durable.</span></p><p class="pf0"><span class="cf2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f381.png" alt="🎁" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></span><span class="cf0"> En réalité si. J’ai déjà publié quelques articles quand même. Les premiers ne devaient pas valoir leur pesant de cacahuètes moisies. Et pourtant je me souviens d’une grande fierté quand j’ai ouvert le journal. Alors quand c’est TON LIVRE, j’imagine que comme les Beatles dans She loves you &#8211; et dans la moitié de leurs chansons quand on y réfléchit bien &#8211; tu as envie de crier trois fois Yeah !</span></p><!--EndFragment --><p class="pf0"><!--EndFragment --></p><p class="pf0"><!--EndFragment --></p><p><!--EndFragment --></p>								</div>
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									<h2>Z&#8230; Zut</h2><p><!--StartFragment --></p><p><!--StartFragment --></p><p><!--StartFragment --></p><p class="pf0"><span class="cf0">Et voilà. C’est toujours pareil. Le temps file comme l’éclair. On a l’impression que ça commence à peine et c’est déjà la fin. En général, c’est là qu’on se rend compte qu’on a perdu du temps à parler pour ne rien dire et qu’on a oublié l’essentiel. </span></p><p class="pf0"><span class="cf1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f96a.png" alt="🥪" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></span><span class="cf0"> Dans cet abécédaire, j’aurais aimé évoquer les regrets, les choix irrationnels, les rêves, des auteurs qui ont écrit sur la mémoire, des podcasts historiques qui m’ont marqué. Mais non, j’ai préféré divaguer sur l’oncle Aygulphe qui n’existe pas et sur les sandwichs triangles, me la raconter sur ma production de kiwis (faut dire que…).</span></p><p class="pf0"><span class="cf0">Cette frustration est la même quand on achève une biographie. On aurait pu faire autrement, mais on a fait comme ça. Il faut être capable de mettre le point final, ou du moins de clore le chapitre. Si on reste sur notre faim, il sera toujours temps d’écrire le tome 2.</span></p><p><!--EndFragment --></p><p><!--EndFragment --></p><p><!--EndFragment --></p>								</div>
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		<title>L’art de comprendre d’où on vient</title>
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		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Feb 2025 06:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Encore une fiction ? Qui plus est, encore une autrice que la moitié d’entre vous doit déjà connaître ? On dirait bien. Mais comme il y a quinze jours, ce pur roman n’en demeure pas moins une véritable quête mémorielle. Ce livre, c’est « l’art de perdre », signé Alice Zeniter, l’histoire d’un harki qui n’a pas choisi [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://lheuredelaprose.fr/quete-memorielle/">L’art de comprendre d’où on vient</a> est apparu en premier sur <a href="https://lheuredelaprose.fr">L&#039;heure de la prose</a>.</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">Encore une fiction ? Qui plus est, encore une autrice que la moitié d’entre vous doit déjà connaître ? On dirait bien. Mais comme il y a quinze jours, ce pur roman n’en demeure pas moins une véritable quête mémorielle.
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									<p>Ce livre, c’est « l’art de perdre », signé Alice Zeniter, l’histoire d’un harki qui n’a pas choisi le bon camp. Comme la plupart des Algériens, l’homme est plutôt favorable à l’indépendance, mais il a peur que le nationalisme éteigne la culture kabyle, il n’aime pas les barbus, il n’aime pas la violence, il n’aime pas que les prolos s’attaquent à son confort de notable… alors il finit par faire des choix discutables. Et sa famille les paie sur plusieurs générations.</p>								</div>
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									<p>Pour ceux qui en doutaient encore, « l’art de perdre » rappelle que le roman est un bon moyen de découvrir des pans entiers d’histoire (pour moi, les harkis, c’étaient les Algériens combattant avec les Français, point barre). Ce n’est pas un travail savant bien sûr. C’est la petite étincelle dont on a parfois besoin pour creuser un peu plus.</p><h2>Quête mémorielle</h2><p>Au-delà de ça (et du plaisir simple de la lecture), on saisit assez vite qu’Alice Zeniter utilise la fiction pour raconter l’histoire de sa famille. Pas la vraie histoire, mais une possibilité d’histoire. Toujours cette quête des origines qui nous aide à trouver notre identité.</p><p>Il n’y a pas si longtemps, une membre de mon association de biographes s’étonnait de la demande d’une personne souhaitant une version romancée de l’histoire qu’elle avait à raconter. « Une démarche qui pose question », notait ma consœur. De fait, je ne sais pas si le biographe est le plus qualifié pour ce travail. Moi, j’adorerais partir d’un témoignage et remplir les interstices ou extrapoler des traits de caractères pour en faire une fiction. Mais suis-je légitime pour ça ?</p><p>Quoi qu’il en soit, Alice Zeniter montre que chercher ses origines par le travail romanesque est une option. Elle la justifie dans cette interview de Télérama qui remonte à 2017. « J&rsquo;ai décidé de préserver ceux qui n’avaient pas envie de parler, qui prétendaient ne pas se souvenir. Si j’avais voulu faire une enquête sur ma famille, il aurait fallu que j’insiste, que je force. L’option romanesque me permettait de les laisser tranquille ». Elle souligne au passage qu’une fois le livre achevé, la parole de ses proches a commencé à se libérer. « Je ne regrette pas que les choses se passent dans cet ordre-là ».</p><p>&#8230;<a href="https://lheuredelaprose.fr/rachid-benzine/">À propos d&rsquo;identité</a> et de <a href="https://lheuredelaprose.fr/chronique-pointilliste/">romans qui racontent l&rsquo;histoire</a>&#8230;</p>								</div>
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									<p>Puisqu’on parle de Télérama – désolé pour ceux qui savent déjà et me voient arriver avec mes sabots taille XXL – c’est un petit T pour l’homme, mais un grand T pour un abonné à ce magazine depuis dix-huit générations, j’ai eu le droit, la semaine dernière, à <a href="https://www.telerama.fr/radio/plutot-suhis-ou-vie-a-la-campagne-six-idees-de-podcasts-a-picorer-cette-semaine-7024051.php">un petit laïus</a> sur mon podcast (<a href="https://lheuredelaprose.fr/vie-sans-mobile/">dont j&rsquo;ai parlé là</a>).</p><p>Pour fêter ça (et la journée internationale sans téléphone mobile du 6 février), mon stagiaire de troisième vous a concocté une deuxième bande annonce pas piquée des vers, comme dirait Eric de mon deuxième épisode. Je la mettrai en ligne ce soir à 18 h. Si les choses sont bien faites, vous lisez « vidéo privée » ci-dessous, mais à 18h, elle apparaîtra par magie alors il faudra revenir ! (Sinon, vous la trouverez sur Youtube ou en version audio sur votre plateforme d’écoute préférée).</p>								</div>
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		<title>Chronique pointilliste</title>
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		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Jan 2025 09:28:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je ne vais pas m’improviser critique littéraire, mais quand une fiction raconte mieux la réalité que la réalité elle-même, elle mérite qu’on s’y arrête un instant. Dans « du même bois », Marion Fayolle consigne la mémoire du monde paysan. Un coup d’essai. Un coup de maître. Comment qualifier ce roman ? Disons que c’est une chronique familiale [&#8230;]</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">Je ne vais pas m’improviser critique littéraire, mais quand une fiction raconte mieux la réalité que la réalité elle-même, elle mérite qu’on s’y arrête un instant. Dans « du même bois », Marion Fayolle consigne la mémoire du monde paysan. Un coup d’essai. Un coup de maître.</h2>				</div>
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									<p>Comment qualifier ce roman ? Disons que c’est une chronique familiale pointilliste. Ses personnages sont survolés et n’ont pas grand intérêt en eux-mêmes. Ensemble par contre, ils racontent les hameaux de moyenne-montagne comme si vous y étiez : la ferme qui traverse les générations, le jeu de chaise musicale qui fait qu’en un instant, la gamine se réveille mémé, qu’on lit sur le visage des autres ce qu’on va devenir soi-même, les anciens qui ne comprennent pas ce monde immobile qui se met tout à coup à changer sans eux, la nature indéboulonnable malgré tout.</p>								</div>
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									<p>L’histoire se déroule en Ardèche. Elle est universelle. Et pour qui a la prétention de raconter la vie de gens qui se confient, c’est une lecture qui réjouit autant qu’elle assomme. Je rêve de biographies à écrire dans le Haut-Jura, mais je ne dirai jamais aussi bien les veaux qui découvrent que le sol se mange à la fin de la trêve hivernale, la mort des lapins qu’on ne cache pas aux enfants pour qu’ils s’habituent, la vie à l’étable, à l’écurie, dirait-on dans le Jura.</p><h2>Vingt dieux</h2><p>Certaines envolées lyriques avancent sur le fil du rasoir ; entre le niais et le sublime. Certains trouveront peut-être que ça bascule du mauvais côté. Moi, non. J’adore ce type de phrases pour évoquer une soirée dansante : elle « <em>n’a pas le sens du rythme, préfère rester en bordure de la fête, sentir juste les éclaboussures</em> ». Ça me parle tellement ! J’aime aussi cette idée que quelqu’un choisisse de perdre la tête pour oublier sa peur de mourir.</p><p>Petit coucou à ma sœur qui a fait des bons choix cette année à la Noël (je suis en train de terminer « Les oubliés du dimanche », pas mal aussi dans le genre quête de mémoires). Quel plaisir ces lectures de week-end auxquelles on ne s’attend pas et durant lesquelles vous vous surprenez à sourire bêtement, voire à pousser des soupirs quand vous venez de vous prendre une phrase en pleine face. En quelques semaines, j’ai découvert Louise Courvoisier et son film « Vingt dieux », crochet du gauche ; et donc « du même bois » de Marion Fayolle, crochet du droit. On a quand même de sacrées jeunes autrices capables de nous parler des campagnes reculées de manière à la fois réaliste et poétique. Un premier roman en plus. Gallimard, magne-toi de lui en commander d’autres.</p>								</div>
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		<title>Ce que l’on cherche dans la mémoire de ses ancêtres</title>
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		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Jan 2025 06:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[autobiographie]]></category>
		<category><![CDATA[Dimanche lecture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J’ai profité des vacances pour souffler sur la poussière des cahiers dans lesquels je consigne les jolies phrases trouvées dans mes lectures. Je vous livre une réflexion d’Amin Maalouf sur la mémoire, sur ce que nous disent nos ancêtres, sur ce qui donne du sens à ce qu’on fait. Dans ces cahiers, Amin Maalouf figure [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://lheuredelaprose.fr/memoire/">Ce que l’on cherche dans la mémoire de ses ancêtres</a> est apparu en premier sur <a href="https://lheuredelaprose.fr">L&#039;heure de la prose</a>.</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">J’ai profité des vacances pour souffler sur la poussière des cahiers dans lesquels je consigne les jolies phrases trouvées dans mes lectures. Je vous livre une réflexion d’Amin Maalouf sur la mémoire, sur ce que nous disent nos ancêtres, sur ce qui donne du sens à ce qu’on fait.</h2>				</div>
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									<p>Dans ces cahiers, Amin Maalouf figure en bonne place derrière des auteurs comme Romain Gary ou John Steinbeck. D’abord parce que je l’ai beaucoup lu. Surtout parce qu’il écrit des choses très intelligentes le Monsieur. Je l’ai d’ailleurs déjà cité <a href="https://lheuredelaprose.fr/rachid-benzine/">ici même</a> pour un autre livre. Quand je tombe sur un roman bien écrit mais dont l&rsquo;intrigue est un peu light, j&rsquo;ai même créé une catégorie Maalouf qui fait beaucoup rire ma sœur : celle des grands auteurs à qui il ne manque que l’imagination (parce que de ce côté là, c’est pas toujours foufou ses livres).</p>								</div>
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									<p>Dans <a href="https://www.babelio.com/livres/Maalouf-Origines/10987">son essai, Origines,</a> il évoque ses ancêtres et on comprend vite que si lui et son neveu trompettiste (Ibrahim) ont du talent, ils ont de qui tenir. Amin profite de ses investigations pour s’interroger sur ce besoin qu&rsquo;il a et qu&rsquo;on a tous parfois de farfouiller dans notre généalogie et de nous pencher sur la vie de nos aïeux. Voici la citation :</p><h2>« Certains penseront (…). Laissons les morts enterrer les morts, et occupons-nous de notre propre vie ! Aucun besoin pour nous, il est vrai, de connaître nos origines. Chacun traverse les années qui lui sont imparties, puis s’en va dormir dans sa tombe. À quoi bon penser à ceux qui sont venus avant nous puisque pour nous ils ne sont rien ? À quoi bon penser à ceux qui viendront après puisque pour eux nous ne serons plus rien ? Mais alors, si tout est destiné à l’oubli, pourquoi bâtissons-nous, et pourquoi nos ancêtres ont-ils bâti ? Pourquoi écrivons-nous, et pourquoi ont-ils écrit ? Oui, dans ce cas, pourquoi planter des arbres et pourquoi enfanter ? À quoi bon lutter pour une cause, à quoi bon parler de progrès, d’évolution, d’humanité, d’avenir ? À trop privilégier l’instant vécu on se laisse assiéger par un océan de mort. À l’inverse, en ranimant le temps révolu on élargi l’espace de vie ».</h2><p>Franchement, à part le fait que tous les rédacteurs SEO vous diront qu’il a commencé trop de phrases par un A accent et que cette publication va obtenir un zéro pointé dans les moteurs de recherche, je ne vois pas ce que je pourrais ajouter.</p><p>Et donc pour une fois, je vais suivre un conseil qu’on me donne souvent : « Olivier, tu ne pourrais pas juste te taire ? ».</p><p>Olivier Descamps &#8211; olivier@lheuredelaprose.fr &#8211; 03 80 33 61 26<br /><br />N&rsquo;oubliez pas de faire circuler ma lettre de temps en temps. Elle finira peut-être entre les mains d&rsquo;une personne susceptible d&rsquo;avoir besoin d&rsquo;un coup de main pour écrire ses souvenirs familiaux ou pour structurer sa démarche. <a href="https://lheuredelaprose.fr/contact/">Contact</a>.</p>								</div>
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		<p>L’article <a href="https://lheuredelaprose.fr/memoire/">Ce que l’on cherche dans la mémoire de ses ancêtres</a> est apparu en premier sur <a href="https://lheuredelaprose.fr">L&#039;heure de la prose</a>.</p>
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		<title>2024, année de la mémoire</title>
		<link>https://lheuredelaprose.fr/daniel-cordier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Dec 2024 06:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[autobiographie]]></category>
		<category><![CDATA[biographie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour aux fondamentaux. Je vous ai vendu une lettre sur les récits biographiques et voilà que chaque semaine, je vous conseille des podcasts à écouter. Par dessus le marché, une fois sur deux, c&#8217;est pour vous parler de mon propre podcast (certes passionnant, « la vie sans mobile », sur toutes les plateformes). Revenons à l’écrit avec [&#8230;]</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">Retour aux fondamentaux. Je vous ai vendu une lettre sur les récits biographiques et voilà que chaque semaine, je vous conseille des podcasts à écouter. Par dessus le marché, une fois sur deux, c'est pour vous parler de mon propre podcast (certes passionnant, « la vie sans mobile », sur toutes les plateformes). Revenons à l’écrit avec mon bilan de la mémoire 2024. D’autant que je me rends compte que je ne vous ai toujours pas fait l’article sur MA lecture de l’année : Alias Caracalla, de Daniel Cordier.</h2>				</div>
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									<p>Reprenons tout dans l’ordre. Côté introspection, je l&rsquo;ai déjà écrit, je crois qu’il est difficile de faire mieux que Sorj Chalandon avec <a href="https://lheuredelaprose.fr/profession-du-pere/">son inédite tétralogie</a> (enfin, plus ou moins). Chez <a href="https://biographicus.fr/">Biographicus</a> (mon association de biographes), le journaliste-écrivain a d’ailleurs longtemps été pressenti pour préfacer un ouvrage collectif à paraître. Certes davantage pour <em>La légende de nos pères</em>, livre qui raconte l’histoire d’un journaliste qui devient biographe et que je n’avais pas lu quand j’ai écrit mon article en mars. Mais à mon goût, ce roman n’est pas le meilleur qu’il ait écrit sur la mémoire. Les quatre autres récits sont en revanche des modèles de réflexions sur ses pères, son héritage, les sentiments ambivalents qui nous rattachent à notre famille (la sienne est particulièrement gratinée).</p>								</div>
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									<p>Je passe plus vite sur l’ouvrage des Askolovitch dont j’avais adoré la démarche, mais <a href="https://lheuredelaprose.fr/se-souvenir-ensemble/">qui m’avait déçu</a>. Je ne reviens pas sur les histoires que j’ai écrites moi-même sur l’entrée au CP de quelques proches. Je vous laisse farfouiller dans mes archives si vous souhaitez les retrouver. Ça, c’était <a href="https://lheuredelaprose.fr/quand-jetais-mome/">mon propre témoignage</a>. Je ne réécris pas enfin ma critique subjective de <a href="https://lheuredelaprose.fr/libraire-du-coin/"><em>La carte postale</em> d’Anne Berest</a>. Plusieurs d’entre vous connaissaient déjà. Plusieurs d’entre vous ont suivi mon conseil. Plusieurs d’entre vous m’ont remercié et ça fait bien plaisir.</p><h2>Daniel Cordier, un maître</h2><p>Allez. Venons-en à <em>Alias Caracalla</em>. Cela fait des années que je tourne autour de ce récit autobiographique dont je connaissais l’essentiel par un téléfilm et une série d&rsquo;interviews. À sa sortie en 2009, j’ai été subjugué par <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-entretien/entretien-avec-daniel-cordier-les-annees-d-apprentissage-1-5-8318240">les cinq entretiens</a> que son auteur, Daniel Cordier, avait consacrés à François Busnel sur Inter. Ce vieux monsieur me semblait plus jeune dans sa tête que la plupart d’entre nous. Ex chantre de l’Action française (autrement dit facho de première), ex révolté de 17 ans décidé à « tuer du boche », ex résistant en chef (ah oui, je ne l’ai toujours pas écrit, Daniel Cordier a été propulsé secrétaire particulier de Jean Moulin durant la seconde guerre), ex figure de la gauche intellectuelle des années 70, cet homme est sans concession avec lui-même. C’est peut-être bien cela d’ailleurs le propre des grands auteurs. Les écrivaillons font parfois de jolies phrases, mais ils n’ont rien à dire. Les grands écrivains sont sans concession… ce qui ne les empêche pas parfois d’avoir des idées moisies (coucou Michel Houellebecq) ou d’être de pauvres types (je viens de refermer <em>Un roman russe</em> d’Emmanuel Carrère, un bel exemple d’authenticité qui ne rend pas le bonhomme sympathique. Oui, tu es malheureux et tu as le droit de l’écrire, gars, mais il y a trop de victimes collatérales dans ton histoire alors ne nous demande pas de te plaindre toi).</p><p>Je m’égare. Et vous avez le droit de démonter en commentaires cette analyse littéraire free style qui débarque sans crier gare et qui, selon l’expression consacrée, n’engage que ceux qui y croient. Ce pas de côté avait quand même un objectif : remarquer que Daniel Cordier est un rare exemple d’homme sans concession dont le parcours est un modèle de vie.</p><p>Quinze ans pour s’attaquer à un livre dont on se doute qu’il va nous plaire, c’est beaucoup, me direz-vous. Je vous avoue que ses mille pages m’ont longtemps intimidé. Elles sont finalement passées à toute vitesse. Je les ai lues comme un thriller. La guerre pour les nuls vue de l’intérieur. Une revisite de notre mémoire commune à travers les pas d’un homme au cœur de la bataille. Une accumulation de faits et d’analyses subtiles sur la complexité de la société française à cette époque (ça on connaît), mais aussi sur la complexité de la résistance elle-même (ça on maîtrise moins). Un bon exemple de ce qu’est un travail autobiographique : ne parler que de soi et décrire le monde tout en même temps.</p><p>PS : si vous avez raté la rétro podcasts, <a href="https://lheuredelaprose.fr/2024-annee-du-podcast/">c&rsquo;est là</a>.</p>								</div>
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		<title>Les 400 Coups</title>
		<link>https://lheuredelaprose.fr/entree-au-cp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Jun 2024 04:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain de la mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[Mémoire familiale]]></category>
		<category><![CDATA[Quand j'étais môme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pas besoin d’attendre d’avoir cent ans pour consigner des souvenirs à partager avec ses enfants ou à relire plus tard. Il y a quelques mois, Sophie m’a raconté son entrée au CP. Une histoire qui sent bon le début des années 80. Nous partagions la même chambre ma sœur et moi. Chaque soir dans nos [&#8230;]</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">Pas besoin d’attendre d’avoir cent ans pour consigner des souvenirs à partager avec ses enfants ou à relire plus tard. Il y a quelques mois, Sophie m’a raconté son entrée au CP. Une histoire qui sent bon le début des années 80.
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									<p>Nous partagions la même chambre ma sœur et moi. Chaque soir dans nos lits superposés, mon grand jeu était de faire sauter Magali et son matelas avec les pieds… jusqu’au jour où tout s’est désossé. Mes parents ont eu tellement peur qu’ils ne nous ont pas fait de reproches. À l’époque, on était fans de <em>Tom-Tom et Nana</em> dans <em>J’aime lire</em>. Ils faisaient n’importe quoi et nous les imitions.</p>								</div>
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									<p>Dans le même genre cata, je revois Magali soignant une angine en inhalant de l’eucalyptus une serviette sur la tête. Je lui jette mon ours en peluche. L’eau bouillante se déverse sur son pyjama qui lui colle aux jambes instantanément. Bilan, une grande culpabilité et des brûlures aux genoux qu&rsquo;elle a toujours. Même si on en rigole aujourd&rsquo;hui.</p><p>David, mon frère a trois ans de plus que moi. Malgré des terreurs nocturnes, il me laisse une image de « grand protecteur ». Avec ce côté bourrin des grands frères. Magali et lui passent leur temps à se titiller. Moi, il me laisse tranquille. Je suis la gentille petite sœur. Gentille jusqu’à un certain point bien sûr. Avec ma sœur toujours, nous profitons d’un week-end pour glisser une lettre anonyme dans la boîte d’une « copine » de classe qui habite le lotissement. Disons un truc pas très gentil où on la traite de grosse et de serpent à lunettes avec des lettres découpées dans un journal. Le lendemain, son père sonne et on a peur qu’il nous tape dessus. Finalement, il se contente de nous faire comprendre que ce n’est pas très urbain. De <em>Tom-Tom et Nana</em>, nous gardons aussi le meilleur. Comme cette fois où l’on a tout rangé dans la maison en posant de petits papiers sur chaque lit. Ce sont des bons souvenirs. À mon tour, j’ai souvent lu des <em>J’aime lire</em> à mes enfants.</p><p>À l’école, c’étaient aussi les 400 Coups : une odeur de craie, une maîtresse qui nous tape sur les doigts, une autre qui nous emmène à la plage une amie et moi. J’étais bonne élève. Studieuse. J’ai le sentiment qu’on passait notre temps à apprendre des poésies. Je serais incapable d’en réciter une aujourd’hui.</p><h2>Marcel et bretelles</h2><p>Les week-ends sont sportifs. Mon père aime la voile, la rando. Nous organisons des soirées avec une ribambelle de gamins qui aiment jouer à se faire peur. Nous regardons <em>le Voyageur</em>, une série dans laquelle un mec, baluchon sur le dos, se déplace d’un crime à l’autre. Ces rencontres sont toujours l’occasion de découvrir de nouveaux jeux typiques de l’époque : <em>Puissance 4</em> (j’étais nulle), le <em>Mikado</em>, <em>Docteur Maboul</em>, <em>Hippos gloutons</em>. Les adultes font leur vie et nous sommes livrés à nous-mêmes. C’est quelque chose que je crois avoir reproduit avec mes enfants.</p><p>En semaine, la télé est éteinte. Sauf pendant Benny Hill. Nous ne sommes pas forcément au courant de l’actualité. Mes parents – un prof, une assistante sociale – sont de gauche, mais la politique nous passe au-dessus de la tête. Mes rares souvenirs sur le sujet sont plus chez mes grands-parents. Elle est communiste, lui de droite. Après un repas arrosé, les discussions s’animent.</p><p>Les vacances, c’est le plus souvent un mois à Sainte-Foy-la-Grande : pêche, baignade dans la piscine à boudins. Ma grand-mère cuisine. Mon grand-père invente des histoires pour nous endormir. Longtemps boucher, il a deux doigts coupés qu’il fait disparaître grâce à des tours de magie. Avec son marcel et ses bretelles, je le vois encore nous faire un signe de croix sur le front avec ces deux doigts coupés au moment de nous coucher. Avec mes parents, nous partons également en camping-car. En France, en Espagne, au bout du monde. Les souvenirs de ces escapades, c’est la musique : Brel, Brassens, Renaud. Les mini-fugues aussi. La chaleur est un bon prétexte pour ouvrir le coffre et se tailler discrètement rejoindre mon frère qui dort dans une tente à proximité.</p>								</div>
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		<title>Le libraire du coin</title>
		<link>https://lheuredelaprose.fr/libraire-du-coin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 May 2024 03:41:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[Dimanche lecture]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain de la mémoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il n’est pas encore inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, mais ça ne saurait tarder j’espère. Il est évident qu’on en pourrait pas vivre sans lui ; j’ai nommé le libraire du coin. </p>
<p>L’article <a href="https://lheuredelaprose.fr/libraire-du-coin/">Le libraire du coin</a> est apparu en premier sur <a href="https://lheuredelaprose.fr">L&#039;heure de la prose</a>.</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">Il n’est pas encore inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, mais ça ne saurait tarder tant il est évident qu’on ne pourrait pas vivre sans lui ; j’ai nommé le libraire du coin. Celui dont les fameux conseils ont sur toi un super-pouvoir contre lequel ce n'est pas la peine de lutter.
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									<p>Exemple il y a quelques semaines au <em>Grenier fort</em> de Saint-Laurent-en-Grandvaux. J’entre pour poser des cartes de visite de biographe pour les clients, on m’explique que malheureusement, il n’y a pas de place sur le présentoir et pas rancunier, je repars avec un livre dont je n’ai jamais entendu parler (contrairement à vous tous bien sûr lecteurs cultivés) : <em>La carte postale</em>, d’Anne Berest. Une écrivaine dont j’apprends pour l’occasion qu’elle a quelques origines haut-jurassiennes (smiley biceps gonflé).</p>								</div>
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															<img loading="lazy" decoding="async" width="269" height="435" src="https://lheuredelaprose.fr/wp-content/uploads/2024/05/la-carte-postale.jpeg" class="attachment-medium_large size-medium_large wp-image-1206" alt="la carte postale et le libraire du coin" srcset="https://lheuredelaprose.fr/wp-content/uploads/2024/05/la-carte-postale.jpeg 269w, https://lheuredelaprose.fr/wp-content/uploads/2024/05/la-carte-postale-186x300.jpeg 186w" sizes="(max-width: 269px) 100vw, 269px" />															</div>
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									<p>Pas de regret, le libraire du coin, en l’occurrence la libraire du coin, ne se trompe pas souvent. Le conseil était pertinent. Si toutes les histoires familiales méritent d’être consignées, j’ai déjà écrit <a href="https://lheuredelaprose.fr/se-souvenir-ensemble/">ici</a> que toutes ne méritaient pas d’être publiées. Voilà un contre-exemple parfait. Quand une grande écrivaine réalise une grande enquête sur des ancêtres si singuliers confrontés à des événements sans équivalent ; là, ça fait des étincelles. Anne Berest décrit sa famille avec cette jolie phrase : « un bouquet trop grand que je n’arrive pas à ternir fermement dans mes mains ». C’est sans doute ça qui fait l’intérêt de son écriture : elle ne maîtrise rien et on avance avec elle. C’est fragile. C’est incertain. C’est beau.</p><p>Je ne vais pas faire trop long. D’abord parce que je ne suis pas critique littéraire. Surtout parce que moi aussi j’ai le droit de profiter du viaduc du printemps, non mais. Je note toutefois que comme l’avait fait Colombe Schneck dans La Réparation, Anne Berest montre qu’on peut être née bien après la guerre et avoir un regard nouveau à proposer sur la Shoah. Au sortir du carnage, on a estimé qu’il fallait passer à autre chose et ne pas prendre la tête aux jeunes générations avec des malheurs qui ne les concernaient pas. La guerre est un truc dont on parle à l’école ou dans les musées. Pas en famille.</p><p>Les deux autrices montrent que dans certains cas, le cadeau est empoisonné. Parce que le passé est trop chargé. Comme un boomerang, il finit par revenir avec une puissance décuplée. Qu’on le veuille ou non, il « continue de vivre en nous », disait l’écrivaine <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/boomerang/boomerang-du-mercredi-15-septembre-2021-1792596">dans cette interview</a> à la sortie de son livre. Dans son roman, elle laisse entendre à plusieurs reprises que cette enquête lui permet de se sentir plus légère. De fait, nous aussi on se sent légers. Ce livre ne se lit pas comme un ouvrage d&rsquo;histoire pesant, mais comme un thriller qui nous emporte.</p><p>PS : il va sans dire que le premier qui achète ce roman sur Amazon, je le lui fais manger avec son chapeau.</p>								</div>
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		<p>L’article <a href="https://lheuredelaprose.fr/libraire-du-coin/">Le libraire du coin</a> est apparu en premier sur <a href="https://lheuredelaprose.fr">L&#039;heure de la prose</a>.</p>
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		<title>Une tétralogie inédite (enfin presque)</title>
		<link>https://lheuredelaprose.fr/profession-du-pere/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[L'heure de la prose]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Mar 2024 05:47:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[Dimanche lecture]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain de la mémoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment ça, je viens d'inventer que les quatre romans de Sorj Chalandon, Mon traître / Retour à Killybegs / Profession du père / Enfant de salaud, formaient une tétralogie ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="990" class="elementor elementor-990">
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-large">Qui n’a pas lu « La Légende de nos pères » ? À part moi, s’entend parce que malgré le paquet de Sorj Chalandon rangé dans ma bibliothèque, celui-ci m’a pour le moment échappé. Et ce alors même qu’il met en scène un ancien journaliste devenu biographe. Amusant, non ?</h2>				</div>
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									Bref, petite entrée en matière pour saluer ce grand écrivain contemporain de la mémoire (et là, on disait qu’on faisait semblant d’oublier un instant qu’en réalité, la moitié des romanciers écrivent sur leurs souvenirs et l’histoire de leur famille).</p>
Pour les amateurs de sons qui ne seraient pas lassés de mes conseils podcasts (<span style="color: #000080;"><u><a href="https://lheuredelaprose.fr/le-pyjama-dans-la-mallette/">ici</a></u></span> et <span style="color: #000080;"><u><a href="https://lheuredelaprose.fr/shame-on-you/">là</a></u></span>), courez écouter la série <span style="color: #000080;"><u><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-sorj-chalandon-le-juste-et-le-vrai">À voix nue</a></u></span> réalisée par Caroline Broué, sur France Culture (ou allez-y tranquillo en pantoufles, ça marche aussi). Pour les lecteurs qui seraient passés entre les mailles du filet, ce n’est pas un, ce n’est pas deux, ce n’est pas trois romans que je vous suggère de découvrir, mais carrément la tétralogie <i>Mon traître / Retour à Killybegs / Profession du père / Enfant de salaud</i>.</p>								</div>
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									Mes excuses à ceux qui viennent de s’étrangler et de faire tomber leur téléphone dans le cacao. Il est indéniable que je viens d’inventer que ces quatre textes formaient une tétralogie. Mais d’abord, j’écris qu’est-ce que je veux. Et ensuite, reconnaissez que c’est moins idiot qu’il n’y paraît. Les deux premiers romans de ma tétralogie virtuelle se penchent sur la vie de Denis Donaldson, un homme qui a donné à Chalandon l’amour de l’Irlande tout en fricotant avec la couronne britannique. Et qui ressemble fort à un deuxième père. Les deux suivants mettent en scène le vrai papa (qui, spoiler, était un grand malade).</p>

<h2><strong>Profession du père : sauver le traître
</strong></h2>
Je crois me rappeler que Chalandon a lui-même raconté quelque-part qu’il avait dû y aller par étapes avant d’écrire <i>Profession du père</i>. Si j’étais éditeur, je n’hésiterais donc pas à accoler les quatre ouvrages. Disponibles pour la modique somme de 22€99 dans toutes les bonnes librairies, un marque-page offert.</p>
Leurs thématiques sont les mêmes : la confiance trahie, l’incompréhension, et plus encore ce besoin vital de trouver des circonstances atténuantes ou des flous afin de sauver malgré tout le traître, le mythomane, le salaud.</p>
C’est enfoncer une porte ouverte que d’affirmer que nous ne sommes pas redevables de la vie des gens qui ont compté pour nous à un moment ou à un autre. Mais c’est comme si Sorj Chalandon refusait cette évidence. S’il fallait à tout prix qu’il donne du sens à ce qui n’en a pas toujours. N’insistons pas trop pour le convaincre après tout. Il risquerait de ne plus écrire et ça, ce serait dramatique.</p>
PS : Certains d&rsquo;entre vous me disent qu&rsquo;ils écoutent les podcasts que j&rsquo;ai conseillés et ça me fait bien plaisir. N&rsquo;hésitez pas à dire ce que vous en pensez en commentaire, même après coup.								</div>
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