J'ai pris le temps. Voici le troisième conseil lecture promis depuis des calendes. Agrémenté comme ils se doit d'un lien vers une émission de radio qui en parle
Après Albertine Sarrazin et son écriture poétique qui part en live à la moindre occasion ; après Émile Ajar et ses formules chocs à vous retourner les tripes, il est venu le temps du Thomas Bernhardt, un écrivain au style… Au style quoi d’ailleurs ? Si j’ai laissé traîner, peut-être bien que c’est justement parce que j’ai du mal à répondre à cette question. Un refus d’obstacle en bonne et due forme
Comment expliquer notre fascination pour ses longs ressassements, pour ses répétitions à n’en plus finir ? J’écris « notre » parce que l’épisode de la série « les romans qui ont changé le monde » consacré au livre « des arbres à abattre » confirme qu’il a d’autres aficionados l’Autrichien… ce qui m’a sacrément rassuré parce que je me demandais si c’était normal d’aimer un auteur si tordu
Son écriture, c’est comme de la musique électronique ou du jazz, avec des boucles qui se répètent indéfiniment et qui vivent grâce à des petites variations ajoutées ici et là. J’aime beaucoup l’expression de l’une des écrivaines invitées (je crois que c’est Claire Fercak). Elle explique que le romancier semble « épuiser le sens des mots »
Humour autrichien
Non attendez, je reprends parce que c’est pas trop vendeur mon truc. Dit comme ça, ça fait lecture intello d’un auteur hyper conceptuel. Si vous écoutez l’émission, ce que vous entendrez d’abord, c’est le sourire dans la voix du journaliste et de ses deux invitées. Thomas Bernhardt, c’est drôle. « Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux », écrit-il dans un autre de ses romans, « Le Naufragé »
Attention. Pas d’amant dans l’armoire ni de tartes à la crème. Je dis pas que tout le monde va se fendre la poire. Mais pour ceux qui aiment ce style d’humour, Bernardt, c’est un modèle d’écriture pince-sans-rire. Chroniqueur du temps et comique tout à la fois. « C’est Balzac avec une tronçonneuse », dit l’une des deux invitées (cette fois-ci, je crois bien que c’est Sarah Chiche). Dans ses livres, il faut bien reconnaître que l’auteur énonce un nombre incalculable d’horreurs (valait mieux pas être son ami si vous ne vouliez pas vous faire démolir en place publique, valait mieux pas être un Autrichien tout court plus exactement. Ni un artiste. Encore moins un parent), mais son tir aux pigeons, c’est un exutoire
Voilà c’est ça. Thomas Bernhardt, c’est totalement excessif, mais le lire, c’est comme crier très fort ou se mettre tout à coup à dire un tas de gros mots parce que le marteau a ripé ou qu’un autre truc a mal tourné. Pourquoi t’as fait ça ? Aucune idée, mais ça fait un bien fou !
PS : Mes deux premières lectures inspirantes si vous les avez zappées
PPS : Jeudi 3 et vendredi 4 avril, je tiendrai un stand sur le salon « Bien vivre en Côte-d’Or » avec deux consœurs dijonnaises du collectif « Histoires dites ». Vous ne connaissez pas ? Normal, on vient de le créer
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