Trois romans à lire ou à écouter

Un os de pied, une préadolescence rock'n'roll et un appel à exploiter les forêts. Certaines lectures vous marquent à jamais. Grosse envie ce dimanche d’en évoquer trois. Avec leur auteur dont les écritures sont si inspirantes. Vous n’êtes pas convaincus ? J’ajoute trois conseils d'émissions de radio qui en parlent mieux que moi

🦶 Peut-être que je suis juste jaloux parce que ma voix est trois octaves au-dessous de la sienne, mais je n’ai jamais été un grand fan de Fabrice Drouelle.

Dans son émission « affaires sensibles », sur France Inter, il surjoue tellement le faux suspense que si tu lui fais lire une recette de cuisine, tu sais qu’il va essayer de te faire croire que le jaune d’œuf a assassiné la livre de beurre (dans le cul de poule avec la cuillère en bois)

Toujours est-il qu’il a consacré une émission à Albertine Sarrazin. Et ça c’est chouette parce qu’on n’en parle jamais. Trop rebelle pour faire partie du Club des 27, la romancière est morte à 29 ans et je me demande bien quelle empreinte elle aurait laissée si on l’avait prolongée de quelques décennies.

Son écriture ne semble respecter aucun code. Elle est libre, comme elle. Part parfois en cacahuètes, comme elle. « La Cavale » par exemple, ça va trop loin pour moi… Comme un feu de paille, la lecture m’a emporté quelques dizaines de pages et je me suis perdu alors j’ai abandonné. « L’astragale » en revanche, du moins dans mes souvenirs, c’est parfaitement parfait : une histoire d’Amour et de prison tellement improbable que c’est celle qu’elle a vécue. Avec de magnifiques envolées poétiques. Pour ceux qui n’aiment pas la lecture, l’adaptation ciné est très bien.

Deuxième écriture inspirante

🥇 Si ça fait mal de l’écrire, même mes parents qui viennent d’en terminer la lecture doivent l’admettre, la plus belle création de 1975 n’est pas la leur, c’est « La vie devant soi », l’histoire d’un Belleville populo des Trente (pas si) glorieuses racontée à hauteur d’enfant. Je ne sais pas vous. Quand j’ouvre un roman, j’espère y trouver une, deux, allez trois phrases qui vont me marquer. Des phrases qui font sourire bêtement. Des phrases dont on se dit : « mais pourquoi ce n’est pas moi qui l’ai trouvée celle-là, boudious ? ».

Je viens de relire mon Émile-Romain Ajar-Gary et c’est bien simple, ce sourire idiot, je l’ai conservé du début à la fin. Une claque à chaque page. Il y a même un chapitre où chaque phrase me semblait plus puissante que la précédente. Ce n’est pas une découverte, mais définitivement, je crois que c’est le roman que je préfère de toute la vie.

Quelques citations pour la route, mais je pourrais recopier le livre :

« Je me suis mis à siffloter, c’était tout ce que je pouvais dire »
« J’ai souvent remarqué que les gens arrivent à croire ce qu’ils disent, ils ont besoin de ça pour vivre »
« Les mômes qui se piquent deviennent des habitués au bonheur et ça ne pardonne pas, vu que le bonheur est connu pour ses états de manques »
« Madame Rosa avait un regard comme si elle l’avait perdu et qu’elle le cherchait »
« Elle ne voulait pas entendre parler de l’hôpital où ils vont faire mourir jusqu’au bout au lieu de vous faire une piqûre. Elle disait qu’en France on était contre la mort douce et qu’on vous forçait à vivre tant que vous étiez encore capable d’en baver »

Décidément, c’est spécial France Inter, j’ai enchaîné ma (re)lecture avec la (ré)écoute de l’émission littéraire que lui avait consacrée Clara Dupont-Monod (très bonne écrivaine elle aussi). Écoutez, c’est un bon moment. Je ne sais pas pourquoi ils l’ont arrêtée cette émission ?!

Ça vous parle ces deux livres ?

PS : Et l’appel à exploiter les forêts, me demanderez-vous ? Ben, ce sera pour la prochaine fois parce que ça fait déjà trop long là non ? Un indice (pas le droit de souffler, Z…) : ça parlera de fauteuil à oreilles.

L'heure de la prose

Olivier Descamps Journaliste, Plume, Biographe

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