Nouveau tuto biographie : la prospection commerciale pour les nuls

Ce que je déteste le plus dans la vie, juste après les crissements de craie sur un tableau noir et les raisins secs (et le sable qui colle à la peau et reste coincé entre les orteils aussi), c’est interpeller des gens qui n’ont rien demandé pour leur vendre ma soupe. Ça sentait le grand moment de solitude le salon des seniors auquel j’ai participé avec le collectif Histoires dites. Et finalement, non. Chouette moment

Sur un marché de Noël ou un vide-grenier, avez-vous déjà croisé le regard désolé du type qui s’ennuie ferme parce que personne ne s’intéresse à ce qu’il expose ? Avez-vous déjà eu de la peine pour son audacieux voisin qui vous attrape au passage pour vous vanter les mérites de ses pendentifs en authentique papier crépon issu du commerce équitable ? Se retrouver à leur place… la hantise !

Olivier Descamps - Histoires dites

Avec mes deux consœurs du collectif dijonnais Histoires dites, on a quand même tenté le coup en participant au salon des seniors il y a une dizaine de jours. Et on a trouvé la formule magique. Ou plutôt, pour rendre à César ce qui appartient à mon association de biographes, on a copié-collé-adapté des conseils entendus lors d’un papotage mensuel. Cette solution : un tableau blanc posé sur la table du stand, une question du style « que faisiez-vous le jour du premier pas sur la lune ? » et des Post-it pour y répondre.

Je sens encore les brûlures

Selon une étude réalisée à partir d’un échantillon représentatif de cinq doigts mouillés, un visiteur sur trois lit la question , regarde ce qu’en disent ceux qui sont passés avant et adopte le regard intense de celui qui cherche à se souvenir. Il n’y a aucune gêne dès lors à lui demander ce qu’il faisait lui, puis à enchaîner sur une présentation du collectif et de nos métiers respectifs. Au mieux, ça l’intéresse. Au pire, c’est un moment sympa d’échanges de souvenirs

Sur cette question de l’homme sur la lune, un visiteur m’a raconté qu’il se revoyait à la table de la cuisine. Il entendait les nouvelles au loin, les mains sur les tempes parce qu’il avait passé la journée de la veille sur la plage et qu’il était brûlé par le soleil. « On dirait que vous visualisez toujours la scène », lui ai-je dit. « Je sens encore les brûlures », a-t-il corrigé.

Histoires dites

Comme toujours, ces événements marquants sont des prétextes pour évoquer une époque, pour parler de soi, pour rapprocher petite et grande histoire. Pas mal de réponses rigolotes sur mai 68 par exemple avec un délégué syndical nous racontant qu’il s’était fait tabasser au commissariat, puis quelques minutes plus tard, un ancien de l’armée, coincé dans un char en marge des manifestations, au cas où.

Autres témoignages : une ex jeune fille de 16 ans qui habitait boulevard de la Bastille et regardait les pavés voler, une autre qui a séché les cours et a été inscrite dans un établissement privé trois mois plus tard pour lui apprendre à se révolter… Tout cela évoqué avec un sourire et une petite pointe de nostalgie. Ah, les doux souvenirs !

Histoires dites

Que faisiez-vous quand le mur de Berlin est tombé ?

  • J’étais en Allemagne. Les gens étaient euphoriques
  • Je me souviens de la joie des coups de pioche, de cette urgence à détruire le symbole
  • Je mangeais avec des amis. Nous commentions les événements en regardant la télé
  • Au pied du mur, Rostropovitch improvise un récital
  • J’étais à Berlin très peu de temps avant et un homme s’est fait tuer en tentant de le franchir. Quelle absurdité !

Nombre de visiteurs ont évoqué le 11 septembre. On a préféré éviter cette question trop inflammable, mais il est évident que c’est une date qui a marqué et que la plupart des gens savent ce qu’ils faisaient ce jour là. Amateurs de foot ou pas du tout, la plupart des gens se souviennent aussi de ce qu’ils faisaient le soir de la finale de la coupe du monde 98.

L'heure de la prose

Olivier Descamps Journaliste, Plume, Biographe

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