Tatatin

Vingt-cinq ans à écrire des chansons populaires, intimes et engagées, fruits de leur époque. Vingt-cinq autres à vous faire saigner les oreilles, je suis, je suis….

J’étais parti pour évoquer le surréaliste festival Japon-en-Grandvaux, ou comment une modeste commune du Haut-Jura s’enthousiasme le temps d’un week-end pour le pays du soleil levant. Salle comble par exemple pour cette conférence sur les ninjas au XIVe siècle (qu’on n’appelait pas du tout ninjas si vous voulez tout savoir), qui l’eût cru !! (j’ai oublié quelques exclamations on dirait bien !!!!). Je vous aurais parlé de l’histoire qui produit de la mémoire qui se transforme plusieurs fois et finit à son tour par produire de l’histoire. Bon ok, ça aurait été un petit peu chiant en fait.

De toute façon, une soudaine poussée de pantoufles a changé le programme de la semaine. Je me suis calé devant la télé et j’ai regardé le documentaire « Renaud, à cœur perdu ». Combat de ju-jitsu entre les deux sujets. Vainqueur haut-la-main : le type aux jambes arquées.

Avec sa fille à la co-écriture et des proches aux témoignages, ça sentait le pâté ce documentaire ; l’hagiographie à plein nez. De fait, ne vous attendez pas à une enquête. Le réalisateur ne travaille pas comme un journaliste. Plutôt comme un biographe qui aide un homme et ses proches à raconter leur vérité sur une histoire qu’on a envie d’entendre (moi en tout cas). Au programme : des souvenirs, des archives à gogo, et puis ces chansons qui ont tant marqué et dont on comprend mieux tout à coup certains passages grâce entre autres à l’ex femme de Renaud, Dominique (celle du Père Noël noir), qui a dû bien morfler, mais dont les yeux débordent de bienveillance.

A chacun son Mistral gagnant

La vie de Renaud ne me fait pas rêver, ses contradictions pas davantage (si, il en a plus que moi), son succès non plus. Mais nom d’un chihuahua, pour avoir écrit un demi-paragraphe d’une de ses chansons, je donnerais la vie de mes enfants (je plaisante, c’est juste pour savoir s’ils me lisent. En vrai, j’en sacrifierais un, max). Dans le genre je mêle l’intime, le futile, l’universel et ce que je pense de l’histoire en marche, peut-on faire mieux ? Je ne crois pas. J’adore le cri du cœur de son musicien Mourad Malki qui évoque sa première écoute de Manhattan-Kaboul, chanson écrite en studio, à la va-vite : « quel enfoiré ».

Préparez-vous à faire mai 68 et 81, à vivre une incroyable épopée en bateau (Renaud s’est pris pour Jack London avec son idée de tour du monde ou bien?), et bien sûr à retrouver le goût de vos propres Mistral gagnants (les images de mon premier concert avec Papa, Maman, 1986, ça fait un petit quelque-chose). Bon, ça suffa comme ci, mais un dernier mot sur la partie du doc qui concerne la maladie mentale de Renaud. Cette explication déconstruit pas mal son image d’alcoolique qui s’est laissé griser par la vie et a perdu le contrôle.

Je vous avoue que depuis le tournant du siècle, comme on dit, je n’écoute plus ce qu’il chante. Ça fait trop mal aux oreilles et aux souvenirs. Je me dis souvent que Renaud aurait mieux fait de poser le micro et d’écrire pour les autres. Puisque ce n’est pas le choix qu’il a fait, il serait peut-être temps que j’aille au moins lire ses textes.

Si vous l’avez raté : la musique, manne à souvenirs

L'heure de la prose

Olivier Descamps Journaliste, Plume, Biographe

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