L’enfance, la guerre et le Grand écran

Des idées, ça se remodèle en permanence bien sûr. C’est même ça qui fait l’intérêt de la vie. Il est un âge où l’on a toutefois davantage de pâte à modeler sous la main ; j’ai nommé l’enfance. Sortant d'une projection du Bon, la Brute et le Truand, 60 ans après sa sortie, je me rends compte à quel point le cinéma en général et ce film en particulier ont joué un rôle plus qu’anecdotique dans ma vie. Pas vous ?

Quelle bonne idée de restaurer ces films qu’on n’a pas eu la chance de découvrir à leur sortie. Qui répond à ce genre de propositions ? Beaucoup de monde, semble-t-il ! En début de semaine, je me suis offert un bon plat de western spaghetti avec Le Bon, la Brute et le Truand. J’imaginais qu’on serait trois pelés dans une petite salle. C’était la plus grande salle du cinéma et elle était blindax.

Public varié, qui plus est. À ma gauche, un vieux monsieur qui avait dû confondre ses somnifères et ses médicaments pour la prostate. Il ronflait plus fort encore que les trompettes d’Ennio Morricone. À ma droite, une jeune femme dont la grand-mère ne devait pas être née à la sortie du film. J’ai jeté un œil discret (pas du tout) à son visage en milieu de projection. On ne voyait même pas ses oreilles tant son sourire les masquait.

Mémoire, idées et cinéma

Quel kif sur Grand écran ce duel (triel ?) final avec musique à fond les ballons, plans larges et ultra-serrés qui s’enchaînent, regards intenses qui donnent envie se cacher sous son le siège de peur de prendre une balle perdue.

Mais venons-en à mon sujet parce que l’heure tourne mon bon Monsieur. En sortant, je me suis demandé si mon antimilitarisme chevillé au corps n’avait pas, en grande partie, été forgé par ce film. Les héros de Sergio Leone sont des gars peu recommandables. Pourtant, à part Lee Van Cleef dont on ne peut rien sauver, ils finissent par devenir bien plus sympathiques que les cadres de l’armée qu’on ne voit pas du film parce qu’ils doivent être en train de jouer à Candy Crush dans leur bureau, mais qui n’en envoient pas moins leurs soldats se faire massacrer pour prendre un pont perdu au milieu du désert et dont au fond, on se fout éperdument. Les gars, ils n’ont pas encore compris que le sport était un moyen plus inoffensif que la guerre quand on a besoin de montrer à ses voisins qui c’est le patron.

En m’endormant, j’ai pensé à quelques films qui, à l’adolescence, ont contribué à affiner mes idées sur le sujet (que vous n’êtes pas obligés de partager bien sûr). Ce n’est pas impossible que ce soit Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick qui m’ait révolté contre la boucherie de 14-18 et les maréchaux de France. Que j’aie appris à vomir la guerre du Vietnam avec Hair de Miloš Forman (si vous ne versez pas une larmichette devant la dernière scène, vous n’êtes pas un être humain). Je crois aussi me rappeler avoir été profondément marqué par l’épilogue de La planète des singes (Charlton Heston qui tombe à genoux devant je vous dis pas quoi des fois que vous ayez envie de le (re)voir)… Et si on élargit un peu le sujet avec la guerre des clans, West side story n’est-il pas un bel hymne à la non-violence ?

Vos souvenirs de films

Alors bien sûr, chacun a le droit de tirer ses enseignements des films qu’il voit. Dans nos sociétés contemporaines, on a surtout d’autres sources de réflexion que le cinéma : l’école, l’éducation des parents, l’expérience sensorielle, les lectures, tout ça… Il n’en demeure pas moins que se demander quel film nous a marqué et pourquoi est un support intéressant pour faire parler nos souvenirs. Alors, vous, c’est quoi ?

L'heure de la prose

Olivier Descamps Journaliste, Plume, Biographe

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