J’ai appris il y a peu l’existence d’un métier zarbi: « médiateur de patrimoine ». Vous connaissez, vous ? Comme son nom l’indique, son rôle est de débloquer la situation quand un couple qui se sépare, des frères ou des cousins sont plus ou moins contraints de céder une maison de famille et qu’ils n’arrivent pas à s’entendre.
Rien de mieux qu’un roman pour poser le décor. J’ai nommé Fort Alamo de Fabrice Caro. Il est quand même drôle cet homme là. Ce n’est pas si courant de rire en lisant (mais voilà que je commence déjà à m’égarer). En toile de fond ce cette fiction, on trouve un désaccord profond entre deux frères dont les parents sont partis pour l’au-delà. Le premier veut vider et vendre au plus vite leur maison parce que toiles d’araignée, humidité qui s’installe et impôts locaux. Le second procrastine un max. Quand il entre dans cette maison, lui sent l’odeur de son enfance, entend la voix de sa mère qui crie « à table », aperçoit le curé qui triche en regardant dans le miroir du salon (ouais bon, ça je l’ai peut-être ajouté ; c’est pour les fidèles).
Citation :
Nous avions grandi dans ces murs. La vider impliquait de nous vider de nous, comme des poulets dans l’étal, nous vider de notre passé, de notre héritage, de nos premiers rires et de bonheur jamais égalés. Il faut tourner la page, tel était le leitmotiv de mon frère. Je ne supportais pas cette expression. Tourner la page, qui a décrété ça ? Qui a décrété qu’une page devait inévitablement être tournée ?
Les deux frères ne parlent pas la même langue et ne s’en rendent pas compte. Or dans la vie, quand on se précipite à débattre de solutions avant de se mettre d’accord sur les problèmes à résoudre, ça ne marche pas souvent. (La vie pour les Nuls, par Olivier Descamps. Éditions Moisissures, à paraître jamais).
Je reviens à mon médiateur de patrimoine dont le rôle consiste justement à inciter les héritiers à ne pas oublier la dimension émotionnelle de leur projet de vente… à leur faire comprendre qu’ils sont sur une fausse piste, que les divergences apparentes sur le prix de vente ou les frais de notaires, c’est du pipi de chat. La mèche qui cache le foret, comme on dit.
Est-ce que tous les médiateurs de patrimoine enchaînent en conseillant à leurs clients de réaliser un podcast de maison ou un recueil de souvenirs pour que la mémoire survive si vraiment il est indispensable de céder la maison ? Pas sûr. Mais personne n’est parfait.
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