Votre rapport aux fautes d’orthographe est-il plus apaisé que le mien ? Voilà un conseil podcast qui vous aidera à vous situer sur une échelle allant du nullos au donneur de leçons en passant par le nullos donneur de leçons.
J’ai déjà raconté mon histoire en maternelle. Celle d’une instit qui avait affirmé à mes parents que je ne réussirais jamais à apprendre à lire (là). Je ne crois pas avoir évoqué cette rencontre avec un enseignant d’histoire quelques mois après le bac. Il me regarde l’air amusé et me confie : « tu sais, en salle des profs, y en a pas beaucoup qui auraient misé un billet sur toi ».
Bref, d’un bout à l’autre de ma scolarité, on ne peut pas dire que mon niveau était foufou. Il a fallu la détermination de mes parents pour que je ne décroche pas complètement. Quelques prédispositions en math aussi.
Non, je ne mettrai pas de s en souvenir d’un autre prof que j’appréciais et qui ne cessait de nous répéter : « c’est une abréviation, pas de s »… C’est très discutable, mais vous applaudirez, j’espère, la transition qui nous amène tranquillement au sujet du jour : les fautes de français et les blessures qu’elles peuvent provoquer, à soi comme aux autres lorsqu’ils se sentent humiliés car persuadés qu’une personne qui leur écrit avec des fautes ne fait aucun effort.
Team « Zéro en dictée »
Dans « La Faute », Alix Philippot et Lucile Robichon analysent tout cela avec beaucoup de subtilité. Pas de grandes théories. Pas de bons points ni de bonnets d’âne. Seulement des réflexions sur notre rapport étrange à l’écrit, nos incompréhensions, notre envie parfois de souligner les erreurs que font les autres, même quand on est soi-même issu de la team « Zéro en dictée ».
J’ai beau gagner ma vie grâce à l’écriture depuis vingt-six ans (hein ?!), elle reste la mienne à jamais. En cinquième, ma prof enlevait quatre points par participe passé de travers. Au bout de deux phrases, c’était plié ! Bien entendu, les copies étaient remises avec le petit discours humiliant qui va bien ; celui qui vous donne confiance pour la vie. Celle-là, le jour où je la croise dans un Ehpad, je glisse discrétos des ongles de pied et des raisins secs dans sa potée.
Ça me démange de donner son nom, mais un peu de mesure. Je vais plutôt écrire celui d’une autre prof de français, Madame Daperon, qui, bien plus tard, m’a aidé à désacraliser la lecture et l’écriture. À comprendre que tout le monde avait le droit de s’y frotter, même les nuls en orthographe. (Au passage, je ne suis pas le seul à l’avoir appréciée. Au fil des ans, j’ai trouvé son nom dans deux interviews à Télérama : celle du le circassien Bonaventure Gacon et celle du chanteur Damien Saez).
Rebelote
J’en reviens aux fautes. Avec la pratique, on réussit plus ou moins à s’amender. Comme bon nombre de transfuges de nuls en classe, je ne suis pourtant jamais serein quand j’écris et la double consonne est mon ennemie. Des mots comme « occurrence » ou « récurrence », j’ai dû les chercher mille fois dans le dictionnaire (1001 du coup). Je ne sais pas qui les a inventés, mais y en a d’autres qui méritent des ongles de pied, je vous jure.
Voilà, je me rends compte que je n’ai pas beaucoup parlé du podcast, mais ce n’est pas grave puisque vous allez l’écouter. Bravo aux consœurs. Il fallait y penser. Elle l’ont fait ; faites ; elles y ont pensé quoi.
PS : Figurez-vous que pour fêter mon anniversaire il y a une quinzaine de jours (passage culpabilisant pour ceux qui ont oublié), j’ai été invité par l’Agence Livre & Lecture Bourgogne-Franche-Comté à parler podcasts avec des bibliothécaires et autres archivistes, présents pour réfléchir à des outils de médiation culturelle originaux. Ce fut fort sympathique.
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