L’idée de « la culture pour tous » n’est pas nouvelle. Dès la fin des années 50, la convergence de l’engagement esthétique et social séduit des artistes qui préfèrent les regards ébahis de gens de rien aux paillettes et à la gloire. Ce sujet, je n’y connais pas grand-chose, mais je suis heureux de l’avoir touché du doigt.
Après avoir lu et écouté des podcasts sur le paternalisme industriel pour donner de l’épaisseur à un récit familial, je me suis penché sur une autre réalité rencontrée dans cette même citée ouvrière rurale : l’engagement culturel d’un homme de théâtre lambda.
Dans mon histoire, le type débarque dans le village pour des raisons indéterminées, s’installe dans une famille, travaille pour ne pas être un poids, mais consacre une bonne partie de son énergie à monter un classique de Beaumarchais avec les ouvriers de l’industrie locale.
Chacun met la main à la pâte. On conçoit les costumes dans la cuisine, on utilise la voiture du boulot pour véhiculer les décors aux quatre coins du département, on cale le bébé dans les loges pendant que Maman interprète « mon cœur soupire » (la chanson de Chérubin écrite par Mozart himself (air que la dite Maman m’a chanté rien que pour moi presque 70 ans après les faits et c’était trop bien))…
Beau projet. Belles tranches de vie que j’ai essayé tant bien que mal de rapporter dans ma biographie.
Le travail terminé, je me suis interrogé. Ce drôle de metteur en scène tombé du ciel est-il un cas isolé ? Sans doute pas. Pensant spontanément au théâtre national populaire, j’ai tapé « 36 15 Jean Vilar » dans un moteur de recherche et écouté deux trois vieilles émissions de Radiofrance : une interview de Jacques Chancel (l’inventeur du concept de questions tellement fumeuses qu’il obtient toujours des réponses incroyables), un échange entre Jean Vilar et Agnès Varda (là, ça plane trop pour moi (hou hou hou hou)), une émission d’histoire enfin.
Un autre théâtre populaire
Sauf que je me suis vite rendu compte que j’étais à côté de la plaque. L’homme du TNP et d’Avignon était le symbole de la décentralisation et de la démocratisation culturelle. Il souhaitait que le Peuple (dans le sens « tout le monde sans distinction ») ait accès à un théâtre de qualité… Mais sauf si j’interprète mal (et c’est possible), il ne visait pas spécifiquement les ouvriers et cherchait encore moins à les associer à la création.
Plan B : j’ai toqué à la porte d’un confrère biographe, l’ami Jean-Noël Poggiali avec qui je peux plus ou moins rivaliser côté cheveux mais qui a quelques longueurs d’avance côté connaissances du Spectacle vivant. Il m’a donné plein d’autres pistes pour creuser le sujet, comme le théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal. Là encore, j’ai lu et écouté. Hyper intéressant.
Mais là encore, je reste sur ma faim. Même si je suis sûr que le personnage de mon histoire et Augusto Boal partageaient le même idéal d’émancipation par la culture, mon gugus n’était pas dans le théâtre très militant du dramaturge brésilien. Sinon, je crois que ma narratrice l’aurais mis à la porte. La politique, c’était pas trop son truc, m’a-t-elle expliqué.
Alors pour une fois, c’est moi qui pose les questions. Qui a des petites choses à me faire lire ou à écouter pour approfondir mon sujet ? Réalité ou fiction du reste. Un roman qui met en scène un personnage qui débarque dans un village et aide les locaux à monter un spectacle, ça existe forcément !
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Tu peux lire Les peintres au Charbon, de Lee Hall…
Quelle coïncidence ! Dans une de mes biographie en cours, un de mes narrateurs a fait du théâtre, alors que c’était un milieu très rural. Je pense qu’il y a aussi des initiatives locales, et si on est « au bon endroit, au bon moment », on peut pousser cette porte. Dans le secteur, il y avait une figure littéraire qui a pris part à cette aventure théâtrale. Faudrait que je me remette dans ce passage (on a bien avancé depuis) mais si tu veux on pourra en discuter.