Quand une cinquantaine de biographes se retrouvent le temps d’un week-end, ça donne un moment magique. Un peu comme dans un vieux dessin animé Disney, mais avec que des gentils dedans.
J’avais déjà participé à un séminaire d’entreprise avec présentations Powerpoint, accrobranche et tours de table à n’en plus finir. J’avais déjà participé à des rencontres de journalistes avec des échanges riches, des moments conviviaux… et le sentiment tenace que le gars en face pense que tu raisonnes de travers et que son travail vaut mieux que le tien. (Tu es sûr de ne pas te tromper puisque de fait, tu te dis la même chose). Un séminaire de biographes, je peux désormais vous dire que c’est autre chose. Biographe est un métier d’écoute, et ça se sent tout de suite.
À Nantes, la semaine dernière – je vais paraphraser les collègues qui ont écrit ces derniers jours – on s’est surpris nous-mêmes ; on attendait beaucoup et on a eu encore davantage ; on se croyait seuls et pas du tout. « On », c’est une cinquantaine d’adhérents de l’association Biographicus qui ont suivi des chemins professionnels variés (le journalisme, l’enseignement, le soin, même la banque !). Qui un jour, ont bifurqué, ont pensé qu’ils étaient peut-être en train de faire n’importe quoi, l’ont beaucoup entendu ; et qui, soudain, prennent conscience qu’ils sont exactement là où ils doivent être.
Dans ce petit monde, on trouve tous les âges, beaucoup de femmes, de gens qui ont compris que la vie n’est pas une longue partie de basket-ball (celui qui trouve le roman que je suis en train de lire sans IA gagne un panier garni), beaucoup de personnes très sensibles aussi (un entretien d’embauche de biographe, on te demande depuis quand tu n’as pas pleuré. Si tu réponds plus d’une semaine, t’es recalé).
J’ai appris beaucoup : cette ligne de contrat à laquelle je ne pensais pas, cette technique qui aide les personnes qui perdent la mémoire à se souvenir, d’autres manières d’écrire aussi. Jamais durant le week-end, je me suis senti inférieur, jamais je ne me suis senti supérieur. À deux doigts de la VAE « modestie, écoute et bienveillance ».
Dans les temps prochains, il n’est pas impossible que je vous parle et que je vous reparle de Daniel Cordier (le secrétaire de Jean Moulin (mon sujet d’étude d’une formation au journalisme narratif commencée il y a quelques semaines (je vous en dirai un mot une autre fois (on y apprend, entre autres, à faire des phrases avec une seule idée, je suis sur le bon chemin ou pas ?)))). Daniel Cordier a connu trois carrières (il est mort à cent ans, faut dire). Son travail durant la guerre lui a ouvert les portes des services secrets qu’il a vite abandonnés. Il est alors devenu un grand galeriste. Puis il a opéré un autre virage afin de devenir historien.
Je ne sais pas s’il a parfois douté. Ce qui est sûr avec le recul, c’est que ses choix ont été les bons. Ce séminaire, pour moi, c’est une confirmation. Cela fait trois ans que j’ai lâché les questions de transition écologique (qui n’a pas besoin de moi pour ne pas avancer). Si j’avais un dernier doute sur cette décision, il s’est envolé le week-end dernier. La vie est trop courte pour qu’on se contente de n’en avoir qu’une.
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